Agriculture et sécurité alimentaire

L'Afrique peut se nourrir par elle-même, pourtant 240 millions de personnes ne mangent pas à leur faim sur le continent, nous devons comprendre pourquoi !
Les pénuries et l'insécurité alimentaires sont chroniques en Afrique sub-Saharienne et ce malgré d'immenses ressources naturelles et un continent qui repose principalement sur l'agriculture, l'Agriculture représente en effet 30% du produit national brut et au moins 40% des revenus de l'export, tout en fournissant 75% de l'emploi total, ce qui en fait le pilier des économies africaines et le moyen d'existence principal des populations. Un trait caractéristique de l'agriculture africaine est sa taille, en effet elle se pratique majoritairement à petite échelle avec quelques 450 millions de petits paysans générant 80% de la production totale. C'est pourquoi le potentiel de croissance repose sur la production agricole et l'augmentation de la productivité, au niveau des petites exploitations agricoles, et dont 80% des travailleurs sont des femmes.

Atteindre la sécurité alimentaire from ACORD on Vimeo.

En se basant sur sa présence à travers le continent et ses expériences visant à répondre au problème chronique de la faim et de l'insécurité alimentaire, ACORD, l'Agence de Coopération et de Recherche pour le Développement, a développé et mis en œuvre un grand programme panafricain ayant pour objectif de faciliter la participation des organisations de paysans et d'éleveurs, et de leurs nombreux membres, aux processus et cadres clés au niveau continental, et en particulier le Programme Détaillé de Développement de l'Agriculture Africaine, le PDDAA, et le Cadre de Politique du Pastoralisme en Afrique, le CPPA, afin de s'assurer que leurs perspectives sont comprises et intégrées de manière systématique et adéquate.
Ce programme panafricain a contribué à augmenter la sécurité alimentaire et à générer de nouveaux revenus pour les petits paysans et éleveurs, en particulier les femmes, et a une conscientisation accrue au regard des cadres et processus du PDDAA et du CPPA. 

Paroles de petits agriculteurs africains :

«Nous devons faire en sorte que notre agriculture serve d’abord à nous nourrir»

«Si je cultive des patates douces pour ma famille, où pourrai-je trouver un soutien?»

«Pouvons-nous renforcer suffisamment l’agriculture africaine de telle manière que nous soyons capables d’affronter le marché mondial en position de force?»

«N’oublions pas que les besoins des agriculteurs et ceux des éleveurs sont différents»

«En partant d’un plan directeur, comment pourrons-nous arriver à des résultats concrets sur le terrain ? »

«Comment pouvons-nous nous assurer que les paysans ont accès à l’eau?»

«Nous devrions accorder plus d’attention à la transformation des aliments et non pas seulement à la production alimentaire».

La question qui revenait le plus souvent était la suivante :

«Comment pouvons-nous participer à ce processus et amener les décideurs à écouter ce que nous avons à dire ? »

Ce qui est en jeu, c’est un cadre d’orientation du secteur agricole. Si vous pensez qu’il s’agit là d’un lieu commun, réfléchissez-y deux fois. Il s’agit en fait, littéralement, d’une question de vie ou de mort.

L’agriculture en Afrique

L’agriculture est le pilier de l’économie africaine. Dans les zones rurales, elle fournit les moyens d’existence de près de 80% de la population et représente plus d’un tiers du PIB. Près de 80% d’exploitations en Afrique sont de petites dimensions, soit moins de 2 hectares sur lesquels sont cultivés la plupart des aliments de base. Au Mozambique par exemple, 3,2 millions de petits exploitants contribuent jusqu’à 95% de la valeur du secteur agricole tandis que les 5% restants proviennent de 400 exploitations commerciales.

L’agriculture est particulièrement importante pour les femmes. Celles-ci représentent, en effet, 60 à 80% de la main-d’œuvre agricole et dans de nombreuses sociétés africaines, elles assument la responsabilité des cultures qui nourrissent le ménage. Les femmes jouent également un rôle important dans la transformation artisanale et la vente de la nourriture. Les migrations et le VIH/SIDA ont eu pour conséquence de «féminiser» l’agriculture encore davantage.

Et pourtant, tout en étant un continent agricole, l’Afrique est également la région du monde où se trouvent la majorité des personnes touchées par la faim. Et au lieu de s’améliorer, cette situation ne fait qu’empirer. Dans la déclaration du Millénaire, les dirigeants du monde entier avaient promis de réduire de moitié la proportion de gens souffrant de la faim, mais la réalité est qu’actuellement plus de gens souffrent en permanence de la faim qu’au moment où cette promesse avait été faite.

Cet échec cuisant, ne fût-ce que pour réduire la faim, sans parler même de la réduire de moitié, en dit long sur les politiques officielles internationales et nationales dans les domaines de l’agriculture et de la sécurité alimentaire. Le changement est devenu une nécessité et la question fondamentale qui se pose est celle-ci : qui définit les politiques ?

En Afrique, la grande majorité de ceux qui produisent la nourriture et nourrissent la population sont exclus du processus de formulation des politiques alimentaires et agricoles, c’est-à dire les femmes, les petits exploitants, les peuples indigènes, les migrants, les travailleurs agricoles, les pêcheurs et les pasteurs. Ces groupes constituent également la majorité des personnes souffrant de la faim. Il est impératif que ceux qui produisent la nourriture soient entendus lors de l’élaboration des politiques qui, en fin de compte, affectent leurs vies à un niveau aussi fondamental que celui du droit à l’alimentation. Ces populations apportent leur savoir-faire et leur compréhension du contexte local et contribuent au foisonnement d’idées.

ACORD s’emploie à soutenir les groupes de producteurs qui cherchent à jouer un plus grand rôle dans l’élaboration des politiques relatives à l’agriculture et la sécurité alimentaire.

Investissements dans l’agriculture

La raison la plus visible de l’échec des politiques agricoles a été la réduction massive des investissements consacrés à l’agriculture durant les deux dernières décennies. Pendant des années, l’agriculture a été considérée comme une voie sans issue et les ressources financières ont été orientées vers d’autres secteurs. Toutefois, face à l’évidence de l’échec, cette vision a changé et l’agriculture est désormais considérée comme le moteur indispensable à la croissance des économies africaines.

En 2003, les gouvernements africains ont pris la tête de cette transformation en signant la Déclaration de Maputo, par laquelle ils s’engageaient à consacrer au moins 10% de leur budget national à l’agriculture. Masi pendant longtemps, peu de progrès ont été réalisés dans ce domaine. Entre 2007 et 2008, la théorie a rejoint la réalité. Les principaux bailleurs de fonds, notamment la Banque mondiale, ont annoncé un tournant dans leur approche au moment où le choc du prix des denrées alimentaires faisait la une des journaux. Ces deux éléments ont ramené l’agriculture et la sécurité alimentaire au sommet de l’ordre du jour international avec un engagement renouvelé.

Il s’agit là d’une bonne nouvelle mais l’augmentation des investissements n’est cependant pas suffisante. Ce n’est que lorsque ces ressources auront été investies de manière appropriée grâce à des politiques efficaces centrées sur la productivité des petits agriculteurs que les nouveaux investissements pourront se traduire en développement agricole véritable, accompagné de la réduction de la pauvreté, d’un meilleur bien-être et d’une meilleure sécurité alimentaire. Si les politiques actuelles ne sont pas remises en question et que nous continuons avec les approches actuelles, la faim ne pourra pas être vaincue.

Lire la Lettre ouverte aux Chefs d`Etat africains de plus de 125 organisations de la société civile et de petits producteurs, dont ACORD, pour leur rappeler leur promesse faite à Maputo pour éradiquer la faim, en amont du Sommet de l'UA du 25 au 27 Juin 2014.

Qu’est-ce que le PDDAA ?

Le Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA) est un cadre d’orientation continental destiné à aider les pays à revoir leurs politiques agricoles et identifier les domaines clés où les investissements et les programmes d’appui se traduiront par le développement de l’agriculture. Compte tenu de la diversité des situations et des contextes parmi les différents pays africains, le PDDAA ne peut offrir que des principes et des stratégies à caractère général. Il ne peut être concrétisé que grâce à des efforts coordonnés en vue d’intégrer le PDDAA aux politiques nationales et régionales. Ce sont les Communautés économiques régionales (CER) qui coordonnent ce processus.

Le PDDAA a été mis en place en 2003 lorsque les gouvernements africains ont adopté la Déclaration de Maputo par laquelle ils se sont engagés à accroître leurs investissements dans l’agriculture. Pendant plusieurs années, le Programme a été suivi de peu d’effets mais la situation a changé grâce au nouvel intérêt que suscitent désormais l’agriculture et la sécurité alimentaire après le choc provoqué par la hausse du prix des denrées alimentaires au niveau mondial entre 2007 et 2008. Désormais, les pays donateurs cherchent à canaliser leur aide à travers le cadre d’orientation du PDDAA et les pays africains commencent à accélérer le processus de mise en place des stratégies destinées à concrétiser le PDDAA au niveau national, qui sont appelées «Pacte PDDAA national».

Le caractère continental du PDDAA et le soutien dont il bénéficie lui confèrent un potentiel immense. Toutefois, cela ne se traduira dans la réalité que si les politiques préconisées dans ce cadre constituent une rupture avec les 30 années d’ajustement structurel que l’Afrique a dû subir. L’un des aspects de cette nouvelle stratégie est que le débat en cours pour mettre en place les pactes nationaux doit inclure les petits producteurs agricoles, en particulier les femmes et s’inspirer de leur savoir-faire et de leur expérience.

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