Mon Corps, mes Droits. Respectez-les !

Women lighting candle

Un moment de réflexion lors de la Conférence sur les Violences Sexuelles Basées sur le Genre. Photo: ACORD / Ruthpearl Wanjiru Ng'ang'a

Au niveau mondial, une femme sur cinq court le risque d’être violée ou agressée au moins une fois dans sa vie. Une femme sur trois risque de subir l’une ou l’autre forme de violence de la part d’un partenaire avec qui elle des relations intimes. Ces violences sont, dans la grande majorité des cas, le fait de partenaires, plus que toute autre personne et elles sont rarement des « crimes passionnels » ponctuels ; elles révèlent généralement une tendance sur une longue période. Grâce aux efforts de sensibilisation déployés sans relâche par de nombreux militants, ces statistiques au niveau mondial sont relativement bien connues, même s’il est encore difficile d’obtenir des données plus détaillées dans la plupart des pays.

Prenez un moment pour y réfléchir. Vous qui lisez cette page, ne connaissez-vous pas au moins une femme qui a été :

  • insultée fréquemment par son partenaire
  • humiliée à plusieurs reprises devant d’autres personnes
  • intimidée ou effrayée délibérément en criant sur elle ou en cassant des objets
  • menacée de subir des sévices, elle–même ou des personnes auxquelles elle tient
  • giflée, qui a reçu un coup de poing, bousculée ou qui reçu des projectiles, tout cela pour lui faire du mal
  • qui a reçu des coups de pied, traînée sur le sol ou tabassée
  • étouffée ou brûlée délibérément
  • menacée avec une arme ou qui a subi une attaque avec une arme ou un couteau

Peut-être que vous ne savez pas, parce qu’on en général, nous ne parlons pas de ces choses là, mais combien de femmes n’ont pas été :

  • forcées de subir un acte sexuel qu’elles trouvaient dégradant
  • contraintes d’accepter des relations sexuelles uniquement par peur
  • forcées d’avoir des relations sexuelles contre leur volonté

Peut-être même êtes-vous parmi celles qui en ont fait la malheureuse expérience.

Si c’est le cas, sachez que vous n’êtes pas seule. Rien qu’en ce qui concerne les violences corporelles ou sexuelles, 71% des femmes rurales en Ethiopie ont répondu par l’affirmative, tout comme 41% de femmes dans une ville tanzanienne. Il est triste de constater que plus de la moitié des femmes interrogées en Tanzanie et 80% en Ethiopie estimaient qu’il pouvait y avoir une justification à ce genre de violences.

Trop peu de ces crimes font l’objet de plaintes et il est encore plus rare de voir quelqu’un poursuivi en justice pour répondre de ces abus. Dans de nombreux pays africains, le secteur de la sécurité se préoccupe principalement de la protection de ceux qui sont au pouvoir, créant une pyramide dans laquelle la sécurité d’une élite puissante vient au sommet et où les hommes, même pauvres, reçoivent plus de protection que la majorité des femmes. À chaque fois, les violences sexuelles et les abus envers les femmes restent impunis. Pendant ce temps, le silence, l’infamie et les tabous qui entourent ces violences créent un sentiment de culpabilité et de honte chez les femmes qui ont survécu à ces abus.

Les violences envers les femmes sont partout et elles influencent notre manière de penser, nos croyances et nos attitudes. Et pourtant, nous pouvons changer cette situation si nous nous mettons ensemble et faisons entendre notre voix. Nous devons en dénoncer les auteurs et couvrir de honte ceux qui l’ont mérité. En finir avec l’impunité dont jouissent les auteurs de violences envers les femmes, maintenant !

«... ils sont venus dans la chambre où je me trouvais et ils m’ont violée. Ils étaient à trois. Je n’en ai parlé à personne. Vous savez, à cette époque, quand une jeune fille subissait ce genre de mésaventure, elle gardait le secret dans le fond de son cœur, personne ne devait savoir ce qui s’était réellement passé. Je n’ai rien dit à personne. C’est mon secret personnel ».
Une jeune fille du Burundi, citée dans « A lost generation » (La génération perdue)

Le viol comme arme de guerre

La violence sexuelle est devenue une stratégie militaire répandue qui a transformé les hommes en armes de guerre et les femmes en champ de bataille en période de conflit. Alors que cette pratique est courante depuis des millénaires, l’utilisation du viol comme arme de guerre a été finalement reconnue vers la fin des années 90 par le droit international comme crime de guerre et crime contre l’humanité. Durant le génocide de 1994 au Rwanda, entre 250 000 et 500 000 femmes ont été violées de façon systématique. Au Sierra Leone, entre 50 000 et 64 000 femmes déplacées ont subi des violences sexuelles de la part des combattants. Dans la province troublée du Nord-Kivu en RDC, quelque 350 cas de viol sont signalés chaque mois. Cependant, il est important de noter que les violences sexuelles ne naissent pas des conflits, ceux-ci ne font qu’exacerber un phénomène déjà présent dans nos sociétés. Nous avons laissé la violence envers les femmes s’installer sans la réprimer, à tel point que dans nos sociétés, elle est désormais devenue normale en temps de paix. Il n’est donc pas étonnant que la violence sexuelle apparaisse au grand jour en temps de guerre.

La solution à la violence sexuelle en période de conflit est de s’insurger contre les violences faites aux femmes en temps de paix.

L’action d’ACORD

ACORD a récemment mené des « audits judiciaires » sur les violences sexuelles et les violences basées sur le genre dans cinq pays de la région des Grands Lacs d’Afrique, à savoir le Burundi, la RDC, le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda. Tous ces pays sont signataires du Protocole sur la prévention et la répression de la violence sexuelle contre les femmes et les enfants dans la région des Grands Lacs, qui se trouve être l’un des textes les plus progressistes sur la question.3

L’audit a examiné en détail la situation dans chacun de ces pays en ce qui concerne :

  • la législation en place concernant les violences sexuelles et la violence envers les femmes
  • si ces lois sont appliquées et comment elles sont mises à exécution en pratique
  • quelles sont les procédures en place dans les institutions clés pour recueillir ou établir les éléments de preuve, y compris les services de santé et la police.

ACORD a déjà organisé trois conférences panafricaines sur les violences envers les femmes, en collaboration avec d’autres organisations. Les discussions et les résultats de ces rencontres sont disponibles dans les rapports ci-après :

Cassez le verre, 2009:
      anglais  |  français
Compensating an assault on dignity?, 2008:
      anglais  |  français
Exposing hidden war crimes: challenging impunity for sexual violence in times of conflict, 2007:
      anglais  |  français

Le travail d’ACORD sur la violence envers les femmes est le fruit de nombreuses années de recherche, principalement avec des femmes et des filles en situation de conflit. Certains de ces travaux sont détaillés dans les livres suivants :

Cycles of violence: gender relations and armed conflict
      anglais  |  français
A lost generation
      anglais  |  français

  • femmes
  • violence sexuelle
  • PDDAA

    “L’Afrique peut se nourrir par elle-même, alors qu’est-ce qui ne fonctionne pas? Regardez cette vidéo pour en savoir plus sur le PDDAA, la feuille de route du continent pour une agriculture durable.


    Plus d’infos sur nos actions en matière d’agriculture durable et de sécurité alimentaire ici»