République Centrafricaine

Analyse du contexte

La République centrafricaine est un pays enclavé d'Afrique centrale de 4,5 millions d'habitants. L'instabilité politique a marqué l'histoire du pays. En 2013, une crise sécuritaire et humanitaire majeure a ravagé la Centrafrique. Avant l'avènement de la crise politique et sécuritaire qui a eu un impact dévastateur sur l'économie du pays, le taux de pauvreté (62%) en République centrafricaine était l'un des plus élevés au monde. Les indicateurs sociaux placent en effet la RCA parmi les pays les moins développés au monde. Ainsi, le « Rapport mondial 2013 sur le développement humain » du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) - qui classe les pays selon leur indice de développement humain (IDH) -, classe la RCA au 180e rang (sur 187 pays). la RCA est classée 179ème sur 187 pays d'après l'indice de développement humain du PNUD avec une espérance de vie de 48,4.

Plus de 70 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté alors que 66 % de la population travaille dans le secteur agricole. Les femmes, en dépit du fait qu'elles représentent 50,2% de la population et soutiennent par leur travail les secteurs de l'agriculture et du commerce, sont très faiblement représentées et ne sont quasiment pas prises en compte dans le processus de prise de décision. La situation de la femme qui n'est guère enviable s'est d'avantage détériorée durant ces conflits armés, on note une grande vulnérabilité. La pauvreté d'existence des ménages est encore prépondérante, plus de la moitié (50%) des centrafricains et centrafricaines sont pauvres ; en milieu rural 81% des femmes contre 69% des hommes sont affectés par la pauvreté sachant que l'essentiel des activités des femmes est concentré dans le secteur agricole où elles participent à la production des cultures de rente et à presque la totalité de la production vivrière. Quand les revenus du ménage sont insuffisants, ce sont les femmes qui, par le biais du petit commerce, apportent les ressources additionnelles.

La population centrafricaine est également grandement affectée dans son développement par un taux de prévalence au VIH/SIDA de 6,3 %, le plus élevé des pays de la CEMAC, touchant fortement les femmes en raison de leur vulnérabilité économique. Le pays s'était doté en 2007 d'un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP1) qui reste à ce jour le document de référence pour la programmation de l'aide extérieure avec le pilier 1 (Restaurer la sécurité, renforcer les efforts de paix et prévenir les conflits) ; pilier 2 (Promouvoir la bonne gouvernance et l'État de droit) et pilier 3 (Reconstruire et diversifier l'économie). Le pays dispose de ressources naturelles abondantes et sous-exploitées. Ses principales exportations sont le bois et les diamants et l'agriculture de subsistance constitue presque un tiers du PIB. En 2014, les perspectives économiques du pays sont incertaines, la crise de 2013 ayant eu un impact profond sur l'économie centrafricaine : -19,8% de croissance du PIB, selon les prévisions d'octobre 2013. En 2012, la croissance (4,1%) était supérieure à celle de 2011 (3,3%), selon les estimations de la Banque mondiale et du FMI (dans leurs rapports de mission de novembre 2013). L'économie demeure fragile du fait des crises à répétitions et les ressources générées par la RCA sont insuffisantes pour son développement. Les recettes fiscales de l'État représentent moins de 10% du PIB et ne permettent pas de financer les services publics de base. L'investissement public est donc financé à plus de 80% par des financements extérieurs. La Centrafrique avait signé en juin 2012 une Facilite élargie de crédit (FEC) avec le FMI. En juin 2009, la République centrafricaine avait atteint le point d'achèvement de l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) et la dette totale ne représente plus que 30% du PIB en 2012.

Au courant de la même année, une coalition rebelle baptisée Séléka, composée de cinq mouvements armés distincts, lance une offensive contre le gouvernement du président François Bozizé, rébellion qui se solde par un coup d'État reçu en mars 2013 en dépit de la signature d'un accord de paix en janvier 2013 à Libreville au Gabon, contraignant ainsi à l'exil l'ancien Chef de l'Etat. Michel Djotodia, leader des forces rebelles prend le pouvoir et devient le premier chef d'État musulman d'un pays majoritairement chrétien depuis la proclamation de l'indépendance de la RCA en 1960. Suite à l'avènement au pouvoir par la « Séléka », bénéficiant de l‘appui de mercenaires tchadiens et soudanais, un pillage des ressources du pays a été observé avec la destruction méthodique dans l'ensemble du pays de la majorité des infrastructures administratives, sanitaires, éducatives. Ce pillage systématique accompagné de violences et assassinats des populations innocentes, qui comme lors des conflits d'avant 2005, ont fui dans la brousse, dans d'autres zones du pays plus sécurisées ou vers les pays voisins. On dénombre 400 000 déplacés internes, 65 000 réfugiés à l'extérieur du pays, soit 10% de la population. 1.1 millions de personnes sont en situation d'insécurité alimentaire et 50% de la population a besoin d'aide humanitaire.
Le bilan de la crise qui a secoué le pays tout au long de l'année 2013 est lourd : plus d'un millier de personnes ont été tuées. Près d'un million de personnes ont fui leur foyer. Selon les Nations Unies, 2,2 millions de personnes ont aujourd'hui désespérément besoin d'une aide humanitaire.

A la fin de l'année 2013, la capitale centrafricaine est divisée en territoires aux mains des seigneurs de guerre autoproclamés généraux dont les hommes recouvrent des tenues militaires mais sont le plus souvent des « jeunes » ramassés dans la rue ou des opportunistes ; ceux-ci n'ont aucune culture militaire. Ils se sont rendus responsables d'atteintes aux droits humains systématiques et généralisées. Après des saccages meurtriers qui ont débuté dans le nord-est, elles se sont déployées dans tout le pays. Au cours des 10 mois qui ont suivi, les membres de la Séléka ont tué un nombre incalculable de civils, incendié de nombreux villages et pillé des milliers d'habitations. La Séléka a exercé un pouvoir arbitraire et violent, qui a suscité un fort degré d'hostilité entre les communautés. En République centrafricaine, la majorité de la population est chrétienne, comme l'ancien président François Bozizé. Le leader de la Séléka Michel Djotodia, qui fut président de transition jusqu'au 10 janvier 2014, est musulman, comme la plupart des membres de la Séléka. Les violations des droits humains commises par la Séléka ont contribué à faire émerger des milices anti-balaka, peu structurées et composées de chrétiens et d'animistes opposés au régime de la Séléka. Au cours des quatre derniers mois de 2013, les combattants anti-balaka ont mené de terribles attaques contre les communautés musulmanes, particulièrement dans le nord-ouest de la République centrafricaine, dans de nombreux villages autour de la ville de Bossangoa. Le 5 décembre 2013, les anti-balaka ont lancé une offensive contre Bangui, déclenchant une explosion de violence qui a réduit à néant ce qui restait du tissu social dans le pays. Lorsque les forces de la Séléka sont parvenues à repousser cette offensive, elles se sont livrées à de vastes représailles contre les chrétiens dans la ville. Bien que les combattants de la Séléka aient parfois affirmé poursuivre les militants anti-balaka, ils ne se sont pas vraiment efforcés de faire la distinction entre militants et non-militants, tuant entre 800 et 1 200 personnes, principalement des hommes civils.

La situation en République centrafricaine a radicalement changé après la démission du président Michel Djotodia le 10 janvier 2014 et l'élection d'une nouvelle présidente par intérim, Catherine Samba Panza, peu après. Dès que Michel Djotodia a quitté ses fonctions, les forces de la Séléka ont commencé à se retirer de leurs avant-postes à travers le pays. Ville après ville, une fois les combattants de la Séléka partis, les milices anti-balaka ont repris le contrôle et lancé des attaques violentes contre la minorité musulmane. Les forces internationales de maintien de la paix ont mis beaucoup de temps à se déployer dans le pays, laissant le champ libre aux anti-balaka pour asseoir leur pouvoir et leur autorité. Ils ont tué plusieurs centaines de civils musulmans, parfois dans le cadre de massacres de grande ampleur, pillé des habitations et des boutiques de musulmans, et incendié et détruit des mosquées. Parmi leurs victimes figuraient des femmes et de jeunes enfants ; dans certains cas, des familles entières ont été décimées. Leur objectif déclaré était de débarrasser le pays des musulmans pour toujours. Les anti-balaka sont aujourd'hui les principaux auteurs de violence, particulièrement à Bangui et dans la partie ouest du pays à l'instar de Bossangoa (préfecture de l'Ouham), l'une des zones d'intervention d'ACORD depuis son implantation en RCA en Aout 2008. Les membres de la Séléka qui se sont retirés vers le nord continuent de commettre de graves atteintes aux droits humains dans les territoires qu'ils contrôlent. Aujourd'hui, le système judiciaire centrafricain ne fonctionne pas, et il est très difficile de mener des enquêtes policières, d'ouvrir des procédures judiciaires et de procéder à des incarcérations. Dans le pays, règne une impunité totale pour les violations des droits humains.

Malgré les efforts entrepris par la communauté internationale, l'évolution de la situation en République centrafricaine demeure inquiétante avec l'inversion du rapport de force en faveur des anti-Balaka occasionnant le début d'une épuration ethnique et le départ massif des populations musulmanes du pays anéantissant fortement les efforts déployés dans le cadre de la réconciliation intercommunautaire. Ce départ massif de la communauté musulmane s'est traduit par la rareté de la viande et les autres produits alimentaires de première nécessité. En effet, ces filières d'approvisionnement et le transport des marchandises sont contrôlés par des membres de la communauté musulmane.

Appel de la société civile pour une sortie de crise

A l'occasion de la réunion de haut niveau sur la Centrafrique qui s'est tenue en marge de l'Assemblée générale des Nations unies le 25 septembre, une délégation de la société civile centrafricaine présente à New York a lancé un appel à l`ensemble des chefs d`Etats et en particulier aux membres du Conseil de sécurité de l'ONU ainsi qu'au secrétaire général des Nations unies.
Au cours de sa mission de plaidoyer à New York (23-26 septembre 2013), la délégation a pu rencontrer les missions diplomatiques des Etats-Unis, de France, du Rwanda, d'Australie, entre autres, des représentants de l'Union européenne, des agences de l'ONU ainsi que des ONG. La délégation est soutenue par ACORD, le CCFD-Terre Solidaire et le Secours Catholique-Caritas France. 

Télécharger le Communiqué des Organisations de la société civile centrafricaine sur la Conférence Nationale Inclusive prévue par la CEEAC (Novembre 2013).

Programme régional pour la paix

Depuis 2010, ACORD et le CCFD - Terre Solidaire réfléchissent ensemble à une stratégie globale et concertée des deux organisations partenaires sur cette zone conflictuelle qui comprend la République Centrafricaine, le Tchad, le Soudan et le Soudan du Sud. Nos deux organisations ont souhaité s'engager sur une stratégie commune de résolution des conflits et de promotion de la paix à long terme.
Sur la base des acquis de notre presence dans ces 4 pays depuis de nombreuses années, ACORD et le CCFD-Terre Solidaire ont considéré par exemple, que l'expérience tchadienne était tout à fait pertinente dans le contexte centrafricain. ACORD s'est officiellement installé en Centrafrique en 2008 et a commencé à mettre en œuvre des programmes en 2009 grâce entre autre à un appui financier du CCFD-Terre Solidaire. De son côté, le CCFD - Terre Solidaire a développé d'autres partenariats au Tchad mais toujours dans le cadre de la résolution des conflits et de la promotion de la paix : dialogue politique pour la paix, soutien aux mouvements de jeunes, dialogue interculturel et interreligieux... ACORD développe également de nombreux projets de développement au Soudan et au Sud Soudan (avec entre autre le soutien du CCFD-Terre Solidaire) avec une volonté de consolider ce partenariat et de lui donner une visée plus stratégique.
Fort de ce partenariat dans les 4 pays de cette sous-région, ACORD et le CCFD-Terre Solidaire se sont interrogés sur les dynamiques communes entre ces quatre pays. Ils ont fait trois hypothèses :
• Ces quatre pays, et notamment leurs régions limitrophes, connaissent des problématiques communes : elles sont peu gouvernées et en proie à des crises récurrentes liées notamment à des facteurs communs tels que les conflits agriculteurs / éleveurs, les tensions interethniques et interconfessionnelles, l'attrait pour les ressources naturelles telles que le pétrole, etc. ;
• La situation interne de chacun des quatre pays influe sur celle des trois autres, si bien que l'on peut parler d'une conflictualité sous-régionale : crises politiques et rebellions sur les territoires voisins, influence de la Libye dans cette région, etc. ;
• Le travail de mobilisation communautaire mené par ACORD ainsi que le soutien au dialogue social et politique encouragé par le CCFD-Terre Solidaire au Tchad peuvent nourrir la stratégie tant d'ACORD que du CCFD-Terre Solidaire au Soudan et au Soudan du Sud comme contribution à l'installation d'une paix durable sur une période de temps long.

En savoir plus sur le programme paix.

Projets en cours

La stratégie d’ACORD en République centrafricaine vise principalement les populations touchées par les conflits. L’objectif est de promouvoir la consolidation de la paix et la réintégration socio-économique de jeunes gens des deux sexes ayant fait partie des groupes rebelles ou qui ont participé au conflit armé. Le plan d’action s’articule autour de deux axes principaux, à savoir les moyens d’existence et le leadership ainsi que le développement des capacités dans les domaines de la négociation entre les différents secteurs.

 >> Amélioration des moyens d’existence par le renforcement du leadership : Il est nécessaire de reconstruire le capital humain et de réactiver les synergies communautaires et sociales. Cela pourrait créer l’espace pour l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants locaux crédibles et capables de participer activement et de manière responsable à la recherche de solutions aux défis de la reconstruction physique, sociale et économique. ACORD s’emploie également à renforcer les capacités des acteurs de développement pour mettre en place des mécanismes locaux de dialogue et de coopération.

 >> Renforcer les mécanismes de négociation et d’interaction parmi les acteurs de la société civile et entre celle-ci et le public afin de recréer l’espace où les communautés peuvent s’exprimer librement. Cette intervention contribuera à renforcer la participation des citoyens dans les questions de développement, en conférant la légitimité et la crédibilité aux structures dirigeantes. Tout cela devrait bénéficier à des millions de personnes pour qui cette approche favorise la participation responsable des différents secteurs de la société. Les points d’entrée qui favoriseront le succès de ces différentes interventions ont été identifiés comme suit :
- Consolidation de la paix par le dialogue afin de créer un environnement sûr favorisant la mise en œuvre des projets de développement
- - Décentralisation des prestations et cohésion au sein de la communauté
- - Gouvernance économique, notamment le développement du secteur agricole, l’industrie du bois, la production de thé et de coton ainsi que la production d’autres ressources économiques.

Nos zones d’action en République centrafricaine

ACORD est basée à Bangui, la capitale de la RCA et bientôt une succursale à Bossangoa, qui est la plaque tournante de la région de Ouham pour servir les régions de Ouham, Ouham Pende et Ombella Mpoko.


Situer ACORD en République centrafricaine sur une carte plus grande

Nos partenaires en RCA

Un projet de développement des partenariats est en cours et il permettra à ACORD de mettre en place ses réseaux et ses systèmes d’appui aux diverses interventions afin de servir les communautés locales et également recevoir des soutiens, notamment des ressources financières et matérielles.
Parmi les donateurs et bailleurs de fonds, citons notamment CCFD - Terre Solidaire, NED et le Gouvernement des Pays-Bas.

Photos, vidéos et publications

Si vous souhaitez recevoir des photos des activités d’ACORD en RCA, écrivez-nous par e-mail.

 

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Contacts en RCA

Vous êtes invités à communiquer avec le programme d'ACORD en RCA:

•  par email

•  par courrier

BP 2014
République Centrafricaine

•  par téléphone

+236 7504 3821



Yolande Ngbodo
est coordinatrice nationale d'ACORD en RCA.